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MYTHE OU RÉALITÉ ?

Le syndrôme de K.i.s.s.

Si je vous dis Kiss, vous pensez peut être au French Kiss, ou à la chanson de Prince, ou même à une start-up qui collecte des fonds pour de nouveaux projets ?  Oui en effet, je vous félicite d’y avoir pensé, mais ce ne sera pas l’objet de cet article ! Je vais aborder un syndrôme repéré chez le nourrisson et qui fait débat aujourd’hui sur les réseaux sociaux et dans les cabinets de santé. Faisons le point : mythe ou réalité ? 

Qu’est-ce que le syndrome de Kiss ?

Kiss ce sont les initiales que le thérapeute allemand le Dr Biedermann a choisi pour définir un ensemble de troubles  fonctionnels provenant (selon lui) des vertèbres cervicales supérieures.

Il en résulterait un certain nombre de symptômes décrit ainsi : enfant en hyper-extension ou qui présente allongé une posture courbe (en C) associés à des troubles de succion-déglutition, troubles digestifs ou du sommeil, et le plus souvent conséquemment une plagiocéphalie/brachycéphalie (tête plate d’un côté)… etc. Il s’agirait d’un bébé aux besoins intenses, qui pleure beaucoup, ne peut être posé et même dans les bras de papa/maman semble peu apaisé. Plus tard, ces enfants présenteraient des troubles de la posture et de la sphère oro-faciale (syndrôme KIDD).

D’un point de vue scientifique, c’est un syndrôme qui ne fait pas l’unanimité et qui n’a jamais été démontré, ce melting-pot de signes cliniques ne prouve rien.

Non, le syndrome de Kiss n’existe pas. Mais oui des bébés peuvent être en détresse.

Dans l’intimité du cabinet, je ne peux nier avoir reçu des parents démunis face à la souffrance de leur nourrisson, qui bien que n’ayant aucune maladie n’en présente pas moins des troubles importants.

L’origine des symptômes Kiss

Que l’enfant soit estampillé Kiss ou non, il est surtout important  de réaliser un diagnostic précis, c’est à dire déterminer les contraintes, et à la fois leurs liens éventuels entre elles et leurs origines possibles. C’est un préalable indispensable avant de pouvoir traiter efficacement le nourrisson.

Les troubles évoqués dans le syndrôme de Kiss sont en réalité assez fréquents. Ils sont soit d’origine intra-utérine, soit d’origine obstétricale, par exemple :

  • une grossesse contractile avec une menace d’accouchement prématuré,
  • une position contrainte dans le bassin (bébé resté en siège, grossesses multiples par exemple),
  • un accouchement trop long ou au contraire très court, déclenché, avec instruments…

Mon rôle d’ostéopathe, aidé par le récit des parents, est naturellement de bien déterminer ce qui a pu entraver la mobilité du nourrisson, et l’empêche d’être apaisé. 

Le chemin thérapeutique 

En effet, les bébés rencontrés manquent de mobilité au niveau des cervicales. En revanche, il n’y a aucune anomalie vertébrale type sub-luxation, ni lésion anatomique. De plus, ce qui est décrit comme la cause de ces symptômes n’est en réalité que la conséquence de ce qu’on appelle une asymétrie de la base du crâne. 

Pour bien faire s’en convaincre, il faut à la fois avoir étudié l’anthropologie (étude de l’homme), mère de toutes les sciences humaines, mais également la phylogenèse (étude de l’évolution de l’espèce) et l’ontogenèse (étude de l’évolution de l’individu).

De brillants scientifiques ont en effet partagé leurs études sur le sujet, et à Nantes, le Pr Delaire que je cite par ailleurs dans ma présentation et que j’ai eu l’honneur de côtoyer, est une source de savoirs fiables et incroyablement riches et précieux pour l’ostéopathe que je suis. Il est rejoint par d’autres grands penseurs, comme les Pr Talmant ou les Pr Delattre et Fenart.

L’asymétrie de la base du crâne induit -en effet- mécaniquement à la fois des troubles posturaux et des troubles de la sphère oro-faciale, c’est à dire les symptômes de ces bébés et enfants Kiss que nous avons évoqués.

L’ostéopathe au service du bébé

Je ne traite donc pas les cervicales de ces bébés pour plusieurs  raisons :

  • les manipulations sur les cervicales sont interdites car possiblement très dangereuses, et même si elles l’étaient il me semblerait inadéquat d’user de méthode « forcée »,
  • la prise en charge de ce syndrôme nécessiterait une radiographie, or une radio ne permet pas d’éliminer une malformation du rachis cervical, et induit une irradiation du nouveau-né qui n’est pas nécessaire à ce stade. Par ailleurs, une lésion C0/C1 ne peut être vérifiée que par un scanner, manipulation également très irradiante, longue et couteuse,
  • les manipulations de type « thrust » ne sont par ailleurs pas nécessaires car ce qui « bloque » se trouve en amont :  je m’intéresse entre autre à l’occiput, qui avant les 3 mois du bébé est malléable, et peut retrouver sa pleine mobilité, et donc permettre aux cervicales (en aval) de ne plus être en compression.
  • enfin, ces manipulations ne solutionnent pas les troubles estampillés Kiss, et nombreux sont les bébés qui au final arrivent dans mon cabinet (ou ceux de confrères) avec les mêmes problèmes…

Je ne traite donc pas les cervicales, mais je développe des mobilisations douces et adaptées respectueuses du nouveau né qui permettent la sécurité de l’enfant et la restauration de la mobilité de la zone.

Notez, que fort heureusement tous les bébés ne sont pas concernés, inutile de se faire peur ! Par ailleurs, il est toujours temps d’agir, même après les 3 mois ou bien plus tard,  le plus souvent en interdisciplinarité pour aider les enfants concernés. 

 J’ajoute que cette réflexion est issue d’années de rencontre au cabinet avec les bébés et leurs parents; rencontres suivies d’une relation de confiance et de complicité avec les enfants que je vois grandir. Je les remercie !

Pour autant, je ne prétends pas faire de miracle, ni même polémiquer. Il est important lorsque vous rencontrez un thérapeute, quelque soit sa philosophie de soin, d’être en confiance avec le traitement proposé et savoir pourquoi il agit ainsi. Interrogez-le, pour ma part, j’indique toujours aux parents la base de ma réflexion diagnostique et ma thérapeutique !

© Bertrand Rémin ostéopathe à Nantes et Saint-Nazaire 2017.

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